DARK CAPTAIN LIGHT CAPTAIN

DARK CAPTAIN LIGHT CAPTAIN « Circles EP » (LOAF)
Deuxième single de ce quatuor annoncé comme prometteur, Face A :
Mélange des voix fragiles et des retenues pincées à la guitare , les
ambiances se frottent dans un subtil télescopage entre les arrangements
de cordes et l'ambre des cuivres discrets. Echos à la pop cérébral de
Spoonfed Hybrid. Face B : Krautrock beats et harmonies folk, ils
proposent une démarche musicale en crabe entre David Balula et THIS
MELODRAMATIC SAUNA , Elliott Smith et Animal Collective.

ALAIN BASHUNG

La langue qui claque comme le fouet et la guitare qui grogne comme un vieux chien à poil noir. Des ombres équivoques et un goût de cerise. Un vrai revival Bashung taillé dans un costard sur mesure par Gaëtan Roussel de Louise Attaque, Joseph d’Anvers, Arman Méliès et Gérard Manset, quelque chose à voir avec le folk et le drapeau noir, la voix off et la pop music. Une forme d’art lyrique à l’écho de vallée, déterminant ses jeux et ses équivalences entre le drame et l’élégance, les atmosphères et le vocabulaire. Surgi d’une nuit américaine de Norman Mailer, mélange d’or noir et de littérature, Alain Bashung, crooner, acteur, ferrailleur et bonimenteur, mène le bal, donne la cadence et désigne les coupables. Les Vuitton sous les yeux et les tempes d’argent, il est le dernier diamantaire de la chanson française, évoquant Ferré, Cash et Cohen en 9 nouvelles chansons et deux reprises. Superbe.
Bleu pétrole (Barclay) - Chronique PP

HUGO RACE + TRUE SPIRIT

Le 53e état américain ? La peinture de sa pochette évoquerait une sorte d’état dans l’état, un trou noir aspirant les âmes du 11 septembre et les pensées noires de Guantanamo dans un chaos de flammes, de sang et d’acrylique. Quasi le plan Apocalypse now avec la vibration dans l’air chaud d’un blues des Doors et Leonard Cohen portant la moustache et la veste de daim vintage, dans le rôle d’un Lee Hazlewood en tournée sur le front. 53rd State est ce disque énorme où les ballades flottent dans l’air lourd et pollué de L.A., charriant des scénarios de romans noirs et des visions psychédéliques hallucinatoires, aux frontières des derniers quartiers mexicains rejetés vers le désert. La silhouette en ombre chinoise de Duane Eddy se découpe sur du folk hollywoodien et dylanesque, des arrangements sompteux à la Ennio Morricone ensorcellent le laidback, Sand la reprise de Lee Hazlewood, enregistrée à Berlin en duo avec Violetta Delconte Race, sur des guitares sixties et des orchestrations sombres, évoque Jack Nitzsche ou Sonny Bono, tandis que les scansions acid blues renvoient à la fois à Jim Morrison, Jon Spencer ou Morphine. 53rd State est ainsi cette sorte de session de desert rock, une nuit d’orage. Hugo Race et ses hommes recrutés entre un disque des Bad Seeds et un thriller de Don Siegel, y chantent une sorte de relecture de la Bible, belle, funèbre et violente, entre Cormac McCarthy et Mark Lanegan. Enorme, je vous dis.
53rd State (Glitterhouse/Talitres) - PP

KOEN HOLTKAMP

Premier album solo de Koen Holtkamp, un artiste probablement mieux connu sous le nom de la moitié du duo ambient Mountains. Basé à Brooklyn, Koen propose une démarche musicale en crabe entre électronique et classique. Comme ses collègues Machinefabriek ou Svarte Greiner, on dérive vers un monde auditif apaisant. Mais ici, ceux sont des photos jaunies de Brooklyn où l’on imagine bien le fantôme de Brian Eno bavardant avec Godspeed You! Black Emperor et le français Encre . Cet album apparaît alors comme la nouvelle bande son des ballades au son de la brume; sa chaleur « classique » , ses arrangements de cordes, et ces collages susurrés nous invitant à s’arrêter sur un banc, sur un trottoir et regarder la frénésie craquellent le vernis des photos jaunis.. Des compositions se déployant dans un climat emprunt de douceur, de nostalgie et d'une élégante naïveté.


KOEN HOLTKAMP « Field Rituals » (Type)

STRINGS OF CONSCIOUSNESS

Strings Of Consciousness cherche avant tout à créer une musique des bois canalisée dans des pièces hybrides montées en mécano. Cet album est un va-et-vient de ritournelles qui rejette dans l’ombre les premiers mouvements encore fantomatiques de l’homme-orchestre de ce line up hors-normes . En son sein le Français Phillipe Petit (label manager du recommandable Bip_hop, au theremin, laptop et platines), Hervé Vincenti (guitare/laptop), Raphaelle Rinaudo (harpe), Nicolas Dick (guitare), Pierre Fénichel et Abdenor Natouri (contrebasse), Hugh Hopper (electric bass), Perceval Bellone (saxophone), Lenka Zupkova (violon), Alison Chesley (cello) et Stefano Tedesco (vibraphone). Collectif de 11 musiciens donc pour un mini-album agrémenté de remixs notamment de Scanner, Mira Calix, Leafcutter John. Mises en musiques de sculptures sonores, le collectif se plait à distordre les conventions et les boucles avec une dichotomie mordante, entre symétrie et décalage, entre ambiances jazz et spirales vacantes. Les dix titres font l’effet d’une vieille machine à laver gorgée de vis et boulons dont on fixe des yeux le tambour. Hypnose sonore, cuivres glissant comme des volutes, vinyles grésillant, musique concrète digitalisée, "la note" se tient sur la crête entre Dream Syndicate, Coltrane , John Cale , Barry Adamson; Spooky .. Un casting impressionnant

MACHINEFABRIEK

Mi-chemin entre sources électro-acoustiques, structures ambient et samples classiques, ce nouveau disque de Machinefabriek évolue dans un univers labyrinthique de boîtes et de cloisons, tête en bas, pieds en l’air. Il n’y a rien à expliquer, rien à comprendre, seulement à écouter. En mouvement perpétuel les drônes se frottent contre les murs, les nappes enivrent et vous plongent dans les méandres d’un parterre de mousse d’une forêt. Car voilà ; il réussit ici un remarquable travail d’orfèvre, mélange tous les éléments qu'il cisèle depuis ces dernières années. Guitares gorgées de reverb qui nous font voir des étoiles, sensibilité post rock de Mogwai emmitouflée dans une coton expérimental pouvant appartenir à Fennesz, piano rehaussé de détonations abstract, « Dauw » s’impose. Sans doute l’un des meilleurs de sa discographie impressionnante.


MACHINEFABRIEK « DAUW » (DEKORDER)

THE WIRE

Formé à Londres en 1976 par des étudiants d’une école de beaux arts, The Wire est considéré aujourd’hui comme l’un des groupes clés surgi à la frontière des années 70 et des années 80, au cœur du séisme punk entre les huiles de Francis Bacon et les 45t des Sex Pistols, avec une discographie de trois albums essentiels entretenant le goût des chiffres et des atmosphères, la beauté froide des chansons et la géométrie de ses riffs, l’architecture et la rage. Disparu au début des années 90, reformé lors d’une tournée magistrale en 2003, The Wire sort aujourd’hui son onzième album studio (sa 47e réalisation), dans sa formation d’origine, ou presque, Bruce Gilbert n’ayant collaboré qu’à deux titres. Drôle d’objet que cet Object 47 identifié dans un environnement de second millénaire en 9 plages d’une beauté fatale, mariant charmes pop et réchauffements atmosphériques, authenticités post-punk, mécaniques funky et digressions rock’n’roll. Quasi une version shoegazing de PIL, produite par Eno, mise en scène au milieu des gravats du Roxy à Londres, à la lueur des flammes bleues de becs de gaz et à la face rougie des derniers spectateurs, surgis d’un document d’époque. Excellent disque.
Object 47 (Cargo/Differ-ant)
Chronique de PP.

PRIMAL SCREAM

Les chimies rock’n’roll de Primal Scream prennent leurs sources dans les crashs culturels entre les origines du rock’n’roll et la naissance de l’acid house, entre les subversions soniques du MC5 et le psychédélisme de la fin des années 60, entre krautrock, P-Funk et cinéphilie bis. Icônographiquement, cet album-là pourrait tout aussi bien renvoyer à quelque série Z culte, une réalisation italo-américaine ou un film Marbeuf, genre Vierges pour le bourreau, du Eastmancolor 1966 avec son tueur de femmes, masqué et moulé d’un collant. Primal Scream, friand de décalages hallucinogènes et de références obscures, a construit son nouveau disques dans les paradoxes du pop art, entre singles pop (un son de vieux Blur et de Jesus & Mary Chain enregistré à Stockholm dans les studios où Abba cala son Dancing Queen), disco baggy («like Jah Wobble playing with Chic»), reprise slidée de Fleetwood Mac (Over and over avec la chanteuse folk Linda Thompson), nécro blues (monté sur les samples d’une jam avec Josh Homme des Queens of the Stone Age) et duo avec Lovefoxxx de CSS. Une sorte de BO improbable et raffinée pour un remake de La Vierge de Nuremberg ?
Beautiful future (B-Unique)