V.O.

Le pouls au ralenti, la voix en douceur, V.O. entame son album par une
étrange mixture entre Anne Clarck et Jeff Buckley. Mais il faut
attendre, car cet album se mérite un peu, exige une forme d'abandon
pour ensuite renouer avec des références increvables. C'est en
septembre 92 qu'a débarqué dans nos vies un drôle de premier
mini-album, impressionnant de maîtrise et poignant de désespoir. Avec
Down Colorful Hill et en six longs morceaux, Mark Kozelek
révolutionnait la mélancolie avec ses Red House Painters. Sautons les
années et retrouvons l'ombre de celui-ci chez V.O... On retrouve ici ce
rock neurasthénique, ce folk mélodique. Un spleen à corde (guitare ou
piano) rongé jusqu'à l'os, répétitif, un peu menaçant, où l'on entend
des guitares charbonneuses des arrangements de cordes et des chœurs
fantomatiques. De la lenteur .. les guitares égrainant des arpèges
lumineux qui soufflent sur un paysage enneigé.

V.O.« Obstacles » (Matamore)

FILASTINE

Nouvelle recrue pour le label Jarring Effects, Filastine n'en est
pourtant pas à son coup d'essai puisqu'il s'agit là de son second album
pour lequel le label lyonnais assure la sortie française. On avait
dernièrement retrouvé l'homme sur le label de kid606 Shockout.
Irrépressible global ghetto bass , la musique tourne à donner le
vertige sur les terres rouges du label Agriculture d'un certain Jace
Clayton aka Dj /Rupture qui avait déniché l'artiste et lui avait
proposé un album sur son label Soot Records . Filastine fait partie de
cette génération d'artistes électroniques sans œillère.. Le grand mix
entre le Zimbabwe et Brooklyn, entre Barcelone et le Caire, le tout
forgé par des convictions de métissages. Grey Filastine a fait ses
classes dans diverses formations, dont sa fanfare percussive Infernal
Noise Brigade, battucada noise des manifestations anti-g8. Sampling du
bled, flow hispanique, tempo ragga claquant et basses lourdes, il
malaxe les ambiances et les sonorités locales pour les intégrer dans un
monde grésillant, slamant ces photos musicales aux quatre vents..
Filastine aime frotter ses machines et ses beats complexes de maître
percussionniste à une diversité de langues (français, espagnol, arabe,
portugais...) et une combinaison imparable de dubstep carbonisé,
promettant des suées entre Fundamental, Kode9, Asian Dub Foundation et
Burial.. Disponible sur la plateforme indépendante Cd1d.com.

FILASTINE "Dirty Bomb" (Jarring Effects /cd1d)

AUS

"Le moins que l'on puisse dire c'est qu'on l'attendait ce cher David
Sylvian !" C'est peu dire que la ressemblance est étonnante pour ce
morceau d'accueil en compagnie de Sylvain Chauveau . Le sixième album
de Yasuhiko Fukuzono commence apr cette particularité avant de fondre
vers la collaboration de Tujiko Noriko et d'Aoki Takamasa. Les
mosaïques électroniques sont taillées avec finesse et exactitude. Les
angles sont arrondis et la charpente est aux normes d'une électronique
se faisant plus lisse pour un résultat plus proche d'Agf que des
premières productions de Tujiko. Rythmiques lunaires et bleeps
flottants, les mélodies évidentes se plient à la volonté d'y laisser
rentrer les voix ; précieux refuge intimiste pour une électronica se
voulant chaleureuse. Artiste rêveur, il démultiplie choeurs et
changements de ton en prenant le temps de faire évoluer ses
compositions en pop songs langoureuses et vaporeuses. Une combinaison
vers laquelle beaucoup (trop) d'artistes se sont orientés. Les
implosions aléatoires s'effacent peu à peu au profit de rythmique et
sonorités simples et évidentes, comme sur "Fake Five" où la batterie
down tempo (ninja tune) se fait beaucoup plus présente . Car voilà la
surprise, après un début d'album 100% électronique , les morceaux
suivants se voir,t agrémentéd d'une rythmique solide, d'une basse
ronde, de voix soul, procurant une chaleur inédite sur les terres
parfois gelées de l'électronique initiale. On pense alors à Lamb


AUS "After all" (Flaü)

SYNTHEME

POBORSK

Après quelques albums téléchargeables (Plastiqpassion) et son prométeur
mini-album sur le label Tsuku Boshi, Poborsk poursuivit chez sur Cactus
Island ses facéties digitales et réussi une synthèse entre le glitch
lamé, la low tech cryogénisée des références Artificial Intelligence et
parfois, les boursouflures fumantes du dubstep. Le temps de cet Ep sous
format download, le marseillais semble se laisser dériver vers les eaux
troubles d'une electronica ambient lézardé de sonorités industrielles
et métalliques, délaissant peu à peu une certaine nervosité breakbeat
qui nous avait valu auparavant des petits bijoux. Ici, les ballades
sont feutrées et aquatiques. Elles se succèdent sans heurts,
recueillant les affinités du côté d'Autechre (Amber), Black Dog et
Disrupt 

POBORSK « Alp » (cactus island)

ETHAN ROSE « Oaks »

Bruissement automnal, pépiements d'oiseaux, brise caressante, jeu de
pluie. Échafaudée autour de boucles entêtantes résonnant comme des
boîtes à musique d'enfant tournant lentement dans la vallée lointaine,
la musique d'Ethan Rose s'évapore comme la nostalgie passagère,
s'écoule dans les interstices d'une pierre polie par le souvenir. Des
notes en apesanteur. Un post-rock de bitume en errance entre matériaux
électroniques et notes scintillantes qui tombent au goutte-à-goutte.
Entre ivresse des steps et dégrisement sur une aire d'autoroute, entre
soleil au zenith et crachin hivernale d'une nuit « déjà tombée » ,
entre précision acoustique et brouillage du signal, la musique va et
vient au rythme de marées intérieures, s'orientant entre les
journaux intimes du premier album de Colleen et du « Paranoid Park »
de Gus Van Sant., dans lequel vous pouvez entendre des morceaux de son
premier album .

ETHAN ROSE « Oaks » (Baskaru)

STARTING TEETH

Starting Teeth c'est la rencontre de deux électroniciens, délocalisant
leur bric à brac électronique et s'envoyant en l'air entre
Atlantique et Pacifique dans les canaux immatériels du online.. Par ici
Childe Grangier, français, ayant signé sous le pseudo Hopen sur divers
labels et netlabels comme Plak, Arbouse ou encore Plex. De l'autre côté
Nathan Jonson, canadien et frère de Mathew Jonson, est plus connu sous
le pseudonyme Hrdvsion. Un album sans queue ni tête un capharnaüm
musical rempli d'humour et de collages qui saturent la toile . On se
laisse vite dépasser par leur boulimie par les pirouettes dangereuses
et les accès de folie dans lesquels on croise aussi bien Modeselektor
et Vicnet, Apparat et Mouse On Mars. Un manège de foire incontrôlable
qui tournerait à l'envers jusqu'à sortir de son axe, pour n ous faire
valdinguer dans le back catalogue de Mental Groove joué dans un Second
Life cut and punk.

STARTING TEETH «  I WON'T DO ANYTHING I CAN DO. » (CREAKED RECORDS)