LITHOPS

C'EST QUOI ? Lithops est le projet solo de Jan St Werner, connu comme
étant la moitié du duo de Cologne de Mouse on Mars et membre également
de Microstoria. Jan St Werner entremêle samples multipliés, guitare ou
synthétiseurs, qu'il éclabousse d'une gerbe lumineuse aux tons
multiples, qu'il accouple à un instantané bruitiste. La seconde
suivante une structure électronique souveraine, avant de nous entraîner
vers les atmosphères plus intimes et brumeuses MORCEAUX CLÉS ?
« Graf » des textures organiques rares autour de rythmes comme un
Autechre aquatique . « Handed » Danse bretonne jouée à l'envers sur
une structure électronique bizarre, « penrose ave » Matmos en plein
émoi noisy, en y laissant les contours rugueux, les tonalités
primaires. VERDICT ? Entre beat élastique et danse folklorique
numérique, grésillements pathologiques et ambient égratinnée, voilà un
disque mouvant et mutant. Au diapason de l'inspiration versatile de son
concepteur, on perd l'équilibre dans un parterre de basses sourdes
brouillées de tics sonores. Energie numérique et frissons d'une
sincérité musicale, un disque sans ronds de jambe qui demande un
engagement de l'auditeur

(rédigé pour TSUGI)

LITHOPS « Ye Viols! » (Thrill Jokey)

OF MONTRÉAL

Classé parmi les meilleurs, sinon les plus intrigants disques de
l'année écoulée, ce 9e album du groupe américain, basé à Athens, en
Georgie (si quelqu'un a connaissance d'un rock band de Montréal qui
s'appelle Of Athens, qu'il nous écrive), est paru dans une
demi-douzaine de versions différentes avec poster, t-shirt, lanterne en
papier ou décalcomanies. Le packaging lui-même de l'album se déploie
comme une plante carnivore, surgie d'une jungle psychédélique engorgée
de sang, une version végétale du Déluge de Noé dévorant corps, âmes et
rêves du paradis terrestre. Un plan éminemment barré, composé,
interprété, enregistré et mixé par Kevin Barnes à l'Apollinaire Rave
Studio d'Oslo, en Norvège, en compagnie de quelques proches, amis
musiciens et autres mécréants nubiles. L'ensemble tient autant de la
revue de cabaret que de la comédie musicale. Une sorte d'An 01 de la
glam party, où l'on fait de la confiture avec les fruits défendus. Et
c'est tout un pan de la culture pop qui nous dégringole sur la tête et
le dancefloor, de Queen aux Scissor Sisters, d'Elton John à
Prince. Skeletal Lamping est bien une monstruosité pop, une symphonie
mariant art lyrique et basses disco, funk psychédélique et choeurs
célestes, évoquant dans la luxuriance de ses arrangements et la pureté
de ses mélodies, une sorte d'aboutissement du genre, grandiloquent et
obsessionnel, à mi-chemin entre Animal Collective et MGMT. (PP)


OF MONTRÉAL Skeletal Lamping (La Baleine)

TIGERBASS

LUKE'S ANGER 'FUNK OF THE RURAL NEVERNESS' (TIGERBEATS/ TIGERBASS)
Aucun doute, Luke est très probablement tombé dans un bain d'acid quand
il était petit, comme en témoigne cet album. Amorcé il y a quelque mois
avec des maxis repérés sur le label Tigerbass, petit frangin voué au
dancefloor du Tigerbeats de Kid606, l'invasion de Sanger est en
marche.. La rythmique claque sur des distorsions issues d'une Roland TB
303, l'électro se répand sur disque dur home-ghetto , les gimmicks old
school à gogo se la racontent au croisement de la techno estampillée
Berlin et de la nu-skool brekbeat des lascars de Freestyler. Un
véritable ode au son qui fit les beaux jours du Summer Of Love et à la
festivité clubarde. Ce qui aurait assez facilement pu se transformer en
mauvaise farce indigeste… Au contraire. Car même si l'on se plait à
écouter cet album en pièces détachées, il se dégage de ces morceaux une
volonté ludique. L'exercice du séquençage est effectué ici sans
surcharge d'effet. Une version « light » appréciable, tant l'exercice
est coutumier actuellement.

TIGERBASS VOLUME 1
Un pré requis pour être signé sur Tigerbeat6.. Aimez la route. Toutes
les routes. Le sac sur le dos comme les guides du routard avec pour
mission d'enflammer les scènes sclérosées. Du punk-rock au hip-hop, de
la gabber à l'electronica, les artistes maison dépensent toute leur
énergie dans l'action.. S'il y a bien une chose certaine, c'est que Kid
606 a repris du poil de la bête. Car l'homme n'a rien perdu de sa
verve, de sa vivacité « compilatoire » et de sa manière si particulière
d'imaginer le dancefloor... Une règle d'or pour rentrer dans le crew
Tigerbass ? Pouvoir tenir le rythme de Tigerbeat et être increvable sur
un dancefloor techno. Cut-up vocals en cascade, bégaiement de basse sur
un pied 4/4, implosions acides qui vous rongent les poumons, Kid 606 et
ses jeunes chiens foux jouent à merveille aux freaks du ghetto-tech
acidbass. Attendez-vous à piquer de sacrées suées ! On ne s'étend
jamais ici en digressions stériles. On ne lambine pas en route et l'on
enchaîne à toute berzingue les exercices du cut and past. Les machines
de ces gredins (Bruce Stallion, Genuine Guy , dDamage, Alex Pasternak
ou encore Sickboy) libèrent des breaks furieux se jetant comme une
meute affamée sur les catalogues Planet Mu et Rising HighRecord,
déchiquetant jusqu'à  l'os le « Welcome to the future» d'Eskimos &
Egypt et saturant le white funk punkoïde d'une chape de pied techno.
Dépoussiérage d'oreilles et de jambes

FRANÇOIZ BREUT

La chanteuse est née dans la promiscuité des mots et des
chansons. L'illustratrice, fan des aventures oniriques de Little Nemo
et des peintures de Jérôme Bosch, affectionne le solo graphique. Trop
longtemps associée à Dominique A, Françoiz Breut s'identifie sur sa
page myspace entre surf, chanson italienne et happy hardcore, dans un
découpage d'influences nommant une recette de fondant au chocolat entre
Fifi Brindacier et les Electric Prunes. Entre style et enjeu, elle
démêle aujourd'hui les fils de sa création dans un jeu de connexions
franco-bruxelloises, de Luc Rambo à Boris Gronemberger, partenaires
musiciens, guitariste, batteur ou vibraphoniste aux noms de personnages
de fiction, entre bande dessinée et improbable film d'espionnage. Le
petit monde de Françoiz Breut conquiert ainsi les dimensions d'un vaste
univers, mariant l'intimité et les textes HD, le banjo et les guitares
électriques, les grandes orchestrations et les percussions de verre, et
trouve ses meilleurs définitions entre photoshop, Greenwich Village et
la banlieue de Nantes, entre Marie Laforêt, Jérôme Minière et
Calexico. Beau disque. (PP)


FRANÇOIZ BREUT À l'aveuglette (T-Rec)

DEERHUNTER / ATLAS SOUND

L'album est doublé d'un second CD, le Weird Era, une zone 51 de
sessions enregistrées en partie à Athens, dans un studio co-fondé par
un ancien membre de Sugar, le groupe de Bob Mould. Une sorte de fuzz
garage party, sonnant à mi-chemin entre des standards psychédéliques
Nuggets et une version shoegazing de Joy Division. Un plan étrange
évoquant une jam entre Brian Jonestown Massacre et les Black Angels.
Quant au premier CD, il donne de l'âme au décibel, recelant des sommets
d'émotion autour de chansons bancales et de refrains acides, conjuguant
grondement des guitares et fragilité de la voix, celle de Bradford Cox
en l'occurence, un jeune homme d'une maigreur irréelle, fan de Meredith
Monk et de Mark E. Smith, souffrant d'un désordre génétique du nom de
syndrome de Marfan. Ce disque a été enregistré à Brooklyn, au Rare Book
Room, un studio monté par un français, Nicolas Vernhes, exilé à New
York, et où enregistrèrent Enon, Fischerspooner, Silver Jews ou le
récent Telepathe, un duo parrainé par David Sitek. Et même si le groupe
noise rock expérimental d'Atlanta rappellera à certains les grandes
heures de House of Love (le raffiné Cover me) ou les figures libres
d'Anton Newcombe (la fuzz pop de Microcastle), l'atmosphère s'y révèle
plutôt new-yorkaise, élastifiant son écriture et ses formats de jams,
ses ballades et ses extensions bruitistes, entre le velvetien Little
Kids et une version acid-raunchy de Television (l'instru Nothing ever
happened). Un disque beau, schizo et majeur, dansant dans la tempête,
entrant en résonance avec les chansons expérimentales de Let the blind
lead those who can see but cannot feel d'Atlas Sound, l'album solo de
Bradford Cox pour les fans les plus assidus (et plus proche du
Cryptograms de Deerhunter paru en 2007), à recaler entre un remix pour
Grizzly Bear et un split CD avec Cole Alexander des Black Lips, une
sorte de jardin d'eden conjuguant névroses et métaphores, dream pop et
ambient électronique, souvenirs d'enfance et écho de chambre d'hôpital,
versets de la Bible et trésors d'harmonies. Un disque céleste et barré
évoquant du Spiritualized remixé par Daedelus... (Patrck Peiffer)


DEERHUNTER Microcastle
ATLAS SOUND Let the blind... (Kranky/4AD)

MOGWAI

L'un ou l'autre albums de sa discographie laisseraient entendre que
Mogwai est bien l'un des groupes fédérateurs du genre, à savoir un
post-rock instrumental et atmosphérique, lourd, majesteux et
mélancolique à souhait, s'autodéfinissant volontiers entre Cure et
Lightning Bolt tout en s'échinant à embrumer les esprits avec des
reprises de Black Sabbath, la BO du film sur Zidane ou quelques
productions de Steve Albini. Groupe écossais de dix ans d'âge, Mogwai
est un breuvage fort, à l'arôme persistant, charriant des parfums de
corps endormis et de terres brûlées, d'amours mortes et de relents de
gouffres. L'album qui accorde davantage d'espace aux claviers, tour à
tour classiques, sépulcraux ou plus enjoués sur le mode électro
(l'étonnant The sun smells too loud mariant ultraviolets et fluidité
pop), garde ce goût prononcé de la réalisation se jouant entre la
puissance de l'indie rock et le spleen ambient, en communion avec le
mental blues, le lyrisme pompier et les films documentaires sur le
réchauffement de la planète. Beau disque. 
(Patrick Peiffer)

MOGWAI The hawk is howling (Wall of Sound)

LEILA

La fée des claviers construit des passerelles harmoniques dans les
perspectives et les points de fuite d'une sorte de conte au format
scope, parcouru de turbulences oniriques et de fréquences électro, de
voix lyriques et de thèmes de music hall. À l'instar de ses albums
précédents, Blood, looms and blooms est un score étrange mélangeant
trip hop, résonances industrielles, ragga vénusien, musiques
classiques, vapeurs d'électronica, distortions pop, une reprise du
Norwegian Wood des Beatles et autres bruits d'eau. Collaboratrice de
Björk et de Plaid, elle cherche l'équilibre de ses mélodies entre chaud
et froid, entre mélomanie et installation sonore, en choisissant ses
featurings dans le brouhaha d'un vernissage, de Terry Hall ex-chanteur
des cultissimes Specials à Martina Topley Bird collaboratrice de
Tricky, de Andy Cox guitariste des Fine Young Cannibals à Roya Arab la
grande soeur, jusqu'au fidèle Luca Santucci, collaborateur chez Plaid
ou Liquid. Blood, looms and blooms est ainsi une sorte de comédie
musicale surgie de plumes d'oreiller, sonnant comme une version Bristol
d'Aphex Twin, mise en images par le designer mancunien Michael England,
fan de Lacan et de Giger. (Patrick Peiffer)


LEILA Blood, looms and blooms (Warp)

V.O.

Le pouls au ralenti, la voix en douceur, V.O. entame son album par une
étrange mixture entre Anne Clarck et Jeff Buckley. Mais il faut
attendre, car cet album se mérite un peu, exige une forme d'abandon
pour ensuite renouer avec des références increvables. C'est en
septembre 92 qu'a débarqué dans nos vies un drôle de premier
mini-album, impressionnant de maîtrise et poignant de désespoir. Avec
Down Colorful Hill et en six longs morceaux, Mark Kozelek
révolutionnait la mélancolie avec ses Red House Painters. Sautons les
années et retrouvons l'ombre de celui-ci chez V.O... On retrouve ici ce
rock neurasthénique, ce folk mélodique. Un spleen à corde (guitare ou
piano) rongé jusqu'à l'os, répétitif, un peu menaçant, où l'on entend
des guitares charbonneuses des arrangements de cordes et des chœurs
fantomatiques. De la lenteur .. les guitares égrainant des arpèges
lumineux qui soufflent sur un paysage enneigé.

V.O.« Obstacles » (Matamore)